Emballez, c’est pesé !

Posté 31 août 2010 — par compostelle
Catégorie Pratique

… ou l’art de composer son sac

(c) Sylvie Francotte

Le jacquet au long cours sait que tout superflu se paie tôt ou tard… quitte à le jeter. Méthodique, le nordiste Jean-Pierre Lanthier a pesé son sac à dos idéal (10% de son poids) : 7,8 kg, dont un petit kilo de contenant. A ce compte, il s’autorise un sac de couchage léger, une tenue de rechange en matière type Gore-tex, deux paires de chaussettes, une serviette micro-fibre, un mayot de bain et deux sous-vêtements à lessiver aux haltes, pinces à linge et gros savon de marseille, un petit nécessaire hygiénique et sanitaire, une corde et des sacs en plastiques. Et à portée de main : gourde, popotte, crédentiale, carnet et stylo, lampe de poche, couteau et peigne, en plus de la tenue portée. Si l’on veut rajouter une tente individuelle ultra légère une personne (Jamet) ou deux (Quechua), compter 1kg à 2kg et un réchaud env. 500G de plus.

Liste détaillée ici.

Contact : jp.lanthier(at)orange.fr

Chacun son chemin

Posté 31 août 2010 — par compostelle
Catégorie Témoignage

J’ai bientôt 71 ans. Retraitée, ancienne enseignante. Je suis mariée, 4 enfants, 6 petits-enfants.
Genèse du projet
Lorsque j’ai pris ma retraite en 1998, j’ai eu envie de “faire quelque chose” pour ne pas m’encroûter, par exemple en restant devant la télé jusqu’à la fin de ma vie. A ce moment, l’hebdomadaire Pèlerin auquel nous étions abonnés a diffusé, pendant l’été, un reportage sur Compostelle. Tout de suite, je me suis dit : “C’est ça que je veux faire”.
Un écueil pourtant : jamais de ma vie, je n’avais fait de randonnée, ni parcouru plus de quelques kilomètres en une journée. Simplement, arrivée à la gare de Lille, je ne prenais ni bus, ni métro pour me rendre à mon travail : 20 minutes pour y aller, autant pour revenir. Cependant, j’en ai parlè à ma belle-soeur qui faisait partie d’un club de marche et qui en a parlé autour d’elle. En définitive, nous sommes retrouvées à 5 femmes volontaires. Toute cette année scolaire (1998-99), je me suis entraînée une fois par semaine avec le club : une bonne dizaine de kilomètres par séance. Il y avait aussi le poids du sac : Avec des dicos dans le sac, je me suis rendue une première fois jusque Lille : retour par le train ; puis une deuxième fois : aller et retour à pied. Je m’en souviens, c’était en février, et vent et neige pour le retour.

Réalisation du projet

A 5 femmes, nous sommes donc parties du Puy-en-Velay, en juin 1999. Comme l’une de nous était encore en activité, elle ne pouvait se permettre de partir le temps nécessaire pour arriver à Santiago. Nous avons donc choisi de le parcourir en 6 fois : Le Puy – Conques (juin 1999), Conques – Moissac (octobre 1999), Moissac – Navarrenx (juin 2000), Navarrenx – Belorado (juin 2001), Belorado – Rabanal del Camino (octobre 2001) et Rabanal d

Du côté de Vézelay... (c) Marie Sacré

el Camino – Compostelle (mai 2002). Arrivée à Santiago : 1er juin 2002. En tout 64 jours.

Mais certaines d’entre nous avaient pris le virus comme beaucoup de ceux qui prennent le Chemin.
En juin 2003, nous sommes reparties à 2, avec Denise sur la route d’Arles, jusqu’à Oloron Sainte-Marie, puis nous sommes remontées jusque Orthez. 30 jours de marche par la canicule. Nous partions au lever du soleil, car, à 11 heures, la chaleur était insupportable. Nous avons eu jusque 42 degrés. Cependant, nous avions pris une certaine endurance, car le mari de Denise qui nous a rejointes au bout de 15 jours n’a pu suivre notre rythme.
En 2004, c’était une année jacquaire puisque la Saint-Jacques (25 juillet) tombait un dimanche. J’avais très envie de voir Santiago ce jour-là, mais pas de courir les gîtes espagnols bondés à cette époque, je suis donc partie avec un pèlerinage organisé. Quelques kilomètres à pied chaque jour, mais pas de pression pour trouver de quoi se loger : autre manière de voir les choses.
En 2005, ce fut, toujours avec Denise, le départ de Vézelay. Au bout de 15 jours Denise a dû rentrer dans le Nord. J’ai continué seule, mais au bout de quelques jours, une Québecoise et moi avons fait route ensemble jusque Saint-Palais.A partir de Pellegrue, notre duo esr devenu un trio avec Alain.
En 2006, route de Tours jusque Saint-Jean-Pied-de-Port, avec Denise jusqu’à la traversée de la Gironde, ensuite seule.
En 2007, départ du Mont Saint-Michel jusque Saintes avec Denise.
En 2008, route des Anglais (ou du Littoral) de Le Verdon-sur-Mer à Hendaye, toujours avec Denise.
En 2009, nous avions prévu Cluny – Le Puy-en-Velay, mais des ennuis de santé du mari de Denise ne l’ont pas permis. J’ai donc refait Le Puy-en-Velay – Cahors, seule au départ, puis avec Sylvie rencontrée sur le Chemin. 10 ans après, j’ai senti (surtout dans les montées) que j’avais 10 ans de plus.
Nous repartons le 8 juin prochain de Cluny. Le projet est en cours de finalisation.

Un saint Jacques le Majeur, populaire et touchant. (c) M. Sacré.

Quelques réflexions

- Il n’est pas nécessaire d’être croyant pour partir sur le Chemin. Historiquement, il n’est même pas sûr que l’apôtre Jacques le Majeur soit enterré à Santiago. Certains y croient, d’autres non. Et, bien que je sois croyante et pratiquante, cela n’a aucune importance pour moi. L’essentiel est plus dans le Chemin que dans le but. On peut faire un pèlerinage religieux, mais aussi un pèlerinage “humain”. Beaucoup le font à un moment nouveau ou important de leur vie : retraite, entrée dans la vie active, décès d’un conjoint, divorce, chomage… C’est une coupure dans la vie avant un nouveau départ.
Ce peut être aussi un parcours culturel : que de chapelles, d’églises romanes…
J’ai aussi lu que certains prisonniers, avant d’être libérés, marchaient sur le Chemin pour, en quelque sorte, se réinsérer. Nous n’en avons pas vu personnellement. Mais, par contre, en juin 2000, nous avons rencontré un jeune (au départ ils étaient deux, mais l’autre avait abandonné) avec un éducateur. Ce jeune avait eu des problèmes de petite délinquance et familiaux. Il avait eu le choix entre faire le Chemin encadré par l’éducateur ou aller dans un foyer. Ils marchaient depuis la Belgique, et nous étions près des Pyrénées.
- Au départ, j’ai cherché du monde pour partir avec moi, car j’avais peur de partir seule. En réalité, sur la route du Puy et en Espagne, l’on n’est jamais seul, et encore moins les années jacquaires, comme cette année 2010. Il est possible de marcher seul si on le souhaite, mais sinon, aucune difficulté à trouver un compagnon ou une compagne de route avec le même rythme de marche : cela peut être pour une heure, une journée, une semaine… Même en groupe, comme nous l’étions au début, nous ne marchions pas toutes ensemble : certaines allaient plus ou moins vite en montée ou en descente. Nous nous retrouvions pour le pique-nique du midi, ou l’arrivée au gîte. Nous marchions aussi avec d’autres personnes.

Sur les chemins de traverse, la balisage est moins évident... (c) Sylvie Francotte.

Sur les autres routes : Vézelay, Arles, Tours, Mont Saint-Michel, des Anglais, il y a beaucoup moins de marcheurs ou de pèlerins, mais les habitants des villages traversés, voyant beaucoup moins de monde, sont peut-être moins blasés, et bavardent plus facilement avec nous. Ils nous invitent, parfois, à nous rafraîchir, boire un café… Nous avons même été invités au repas du soir par des dames qui estimaient ne pas pouvoir faire le Chemin, mais qui pensaient de cette manière y participer.

Il est aussi “curieux” d’avoir fait l’expérience, avec des inconnus que l’on n’a jamais vus, que l’on ne reverra jamais, dont on ne connaît pas le nom, et même parfois pas le prénom, de conversations personnelles que l’on jamais eues avec ses proches. Cela, c’est la magie du Chemin.
- Sur la route du Puy et en Espagne, nous avons utilisé les gîtes ou refuges qui sont très nombreux, ce qui permet à chacun de faire une étape à sa mesure, en tenant compte de son âge, de sa santé, de ce que l’on souhaite… Pour ce type d’hébergement, surtout en Espagne le “crédencial” est obligatoire. C’est une sorte de passeport, délivré par les associations jacquaires, qui permet de justifier de sa condition de pèlerin. Le prix de ces hébergements est, en général, de moins de 15 euros. Pour ce prix, on  dispose d’un lit (en France, souvent muni d’une couverture, mais pas en Espagne où il faut se munir d’un duvet), de sanitaires, souvent d’une cuisine où l’on peut se confectionner repas du soir ou petit déjeuner. En Espagne, il y a, cependant, de moins en moins de cuisines, mais les restaurants du coin fournissent des menus abondants à des prix abordables. Il faut cependant se rappeler que l’Espagne vit beaucoup le soir, et que les repas du soir sont souvent servis tard pour les pèlerins qui veulent partir au lever du jour.
Sur d’autres routes, comme celles du Mont Saint-Michel ou du Littoral, peu de gîtes. Ne pouvant nous payer hôtel et restaurant chaque jour, nous avons alors choisi la solution du camping. Le mari de Denise, ne pouvant plus porter de sac, et devant restreindre la marche, nous transportait des petites tentes de camping en camping. Sur la route du Littoral, en 2008, comme nous avons été très arrosés, il les mettait aussi sécher pour éviter qu’elles ne moisissent.
- Sur la route du Puy, et en Espagne, il est impossible de se perdre. Il suffit de suivre le balisage (GR 65 en France, flèches jaunes en Espagne). Il faut évidemment être attentif, et regarder à chaque carrefour. Les topoguides sur ces routes ou sur les autres décrivent aussi très bien les itinéraires.

Marcher, une façon de s'enraciner. (c) Marie Victoire Perrel.

- Qui peut faire le Chemin ? On entend souvent : “J’aimerai bien le faire, mais…”. Quels peuvent être les obstacles :

- Je ne peux pas consacrer 2 mois à le faire. Alors faites-le par tronçons sur plusieurs années. Contrairement à ce que disent certains qui pensent que c’est plus facile de le faire ainsi, ce n’est pas vrai.
J’ai l’expérience de 9 jours jusqu’à 5 semaines. A chaque “redépart”, il faut se remettre dans le Chemin, et ce n’est pas le plus facile.
- Je ne peux pas ou plus porter de sac. J’ai rencontré une femme opérée d’un cancer du sein. Il lui était effectivement interdit de “porter”.
En France, il existe plusieurs sociétés qui, chaque matin, prennent le sac au gîte et le déposent au gîte suivant. Il en coûte 8 euros par jour et par sac.
- Je suis dans un fauteuil roulant.
L’association “Compostelle 2000″ organise, chaque année, un pèlerinage en “joélette” pour ces personnes qui seront aidées par des personnes valides.
Nous avons aussi rencontré en 2001, des handicapés mentaux sur le Chemin. Un accompagneur conduisait un minicar et diffusait de la musique pour les rallier afin qu’ils ne perdent pas.
En définitive, avant de dire : “je ne pourrai pas”, il faut partir et voir. Si, vraiment, après avoir essayé, on ne peut pas, il n’y a aucune honte à renoncer. Je connais un monsieur de 84 ans qui repart de Figeac, aujourd’hui, 25 avril, avec sa fille. Nous l’avons rencontré en 2001. Ce devait être l’année de ses noces d’or et il avait perdu sa femme.

En chemin, souriants tournesols. (c) MV Perrel

En guise de conclusion

Je préfère nettement les parties françaises à la partie espagnole. C’est pourquoi, depuis 2005, je parcours la France.
Sur le Camino, c’est souvent la course au gîte. On n’arrive pas à s’arrêter pour admirer un beau paysage, pour visiter une chapelle, pour faire un détour pour traverser un joli village, par peur de ne pas trouver à se loger. En effet si, en France, il est possible, et parfois recommandé, de réserver, au moins la veille, son hébergement, c’est impossible en Espagne.
Sur le Chemin, je crois que ce que j’ai le plus appris sur le Chemin, c’est la tolérance : “Chacun fait son Chemin, comme il le pense et comme il le peut. Ce sera “son” Chemin, et pas celui d’un autre”.
Marie Sacré
marie.sacre(at)neuf.fr

En avant, route !

Posté 26 août 2010 — par compostelle
Catégorie Pays du Nord vers Compostelle

En marche du côté des caps, sur la Via Francigena (c) Ian Brodrick

A Pays du Nord, nous aimons ces mots que nous avons volés à Alix de Saint-André, sans scrupules aucun puisqu’elle les a elle-même empruntés à Rimbaud pour titrer son dernier ouvrage (Gallimard) : “En avant, route !”.

Dans ce récit compostellan drôle et alerte, profond et appétissant, la chroniqueuse évoque tout cela, que l’on pressant dans ces trois mots : les petits paysages brumeux au matin de la marche, les rencontres inattendues, les déconvenues sur le Chemin, la boue, le divin soleil qui reparaît, la fraîcheur d’un verre d’eau offert par le riverain, d’un sourire glané au bord d’un champs… Et de bien d’autres choses encore, qui font du Camino ce cheminement magique auquel le jacquet ne peut s’empêcher de revenir et revenir encore.

Dans le Nord de la France, ceux qui ont goûté à la féérie du Chemin sont nombreux (et passionnés). Vous peut-être ? Vous bientôt ? Nous les avons rencontrés et vous ferez leur connaissance dans le N° de Septembre de Pays du Nord, et si le coeur vous en dit en les contactant – de notre part il va sans dire. Nul doute qu’à leur contact, vous aurez envie de (re)partir vivre cette aventure à portée de nos pieds, et depuis chez nous encore : mais oui, les sentiers d’ici sont déjà sur la route vers Compostelle !

Marie Victoire Perrel

PS : Vous y allez ? Vous en revenez ? Laissez-nous vos commentaires, vos témoignages, vos bonnes adresses, vos émerveillements, vos sites compostellan préférés, vos photos. Et partageons cette passion pour la marche au long cours !